Culture

J’ai aimé : Annihilation

Ces 10 dernières années j’ai rarement été à la page cinématographiquement parlant. Au delà de tous les Disney, Pixar et autres Dreamworks qui n’ont plus le moindre secret pour moi (= faites des gosses et asseyez-vous sur votre culture ciné), je dois louper à peu près 99% des films qui valent le coup.

Alors samedi dernier quand je suis tombée sur la bande annonce d’Annihilation au détour d’une publication Facebook et que j’ai compris que le truc était dispo uniquement sur Netflix, mon sang n’a fait qu’un tour, je me suis préparé un demi litre de tisane, je me suis jetée sur mon canapé et j’ai lancé le film en signalant de façon claire et concise aux personnes gravitant autour de moi de me foutre la paix pour les 2 prochaines heures.

Annihilation c’est l’histoire de Lena, incarnée par Natalie Portmann (que j’adore), biologiste et ancienne militaire qui récupère son mari (militaire lui aussi) totalement flingué après une mission ultra secrète. Lena entreprend donc de découvrir ce qui est arrivé à son mari (et de lui sauver la peau, accessoirement – évidemment).

Après avoir traversé ce qui est appelé le Shimmer, la voici donc en route pour une zone classée secret défense niveau 14 800, la Zone X, accompagnée de 4 acolytes féminins (dont Gina Rodriguez aka MA VIE) toutes spécialisées dans un domaine précis. Elles découvrent alors un monde lui aussi tout flingué, entre beauté et terreur, ours qui parlent, plantes à formes humaines et crocodiles à dents de requins, histoires de mutation et de santé mentale qui part en latte.

De la science fiction totale et complète, un univers où j’ai retrouvé un peu de Stranger Things qui aurait fait des bébés avec Hayao Miyazaki le tout saupoudré d’une petite pincée d’Alien.

Si j’ai aimé ce film ? Oh oui !

Est-ce que c’est un bon film ? Je n’en sais rien.

Depuis que je l’ai terminé j’ai lu des tas d’articles de blogs, de critiques, de théories sur le pourquoi du comment, les dizaines et dizaines d’interprétations possibles, des personnes qui ont adoré, d’autres qui ont trouvé que c’était le pire navet de l’histoire du cinéma, une bonne partie qui l’a classé dans la catégorie « moyen ».

Bref, pas d’avis très tranché sur la question Annihilation mais j’avais malgré tout envie de vous en parler parce que moi, je l’ai trouvé super !

J’ai aimé les images, j’ai aimé l’univers, j’ai aimé la narration, le mélange de présent, de passé, de flashbacks.

J’ai adoré retrouver un casting majoritairement féminin (il me semble qu’il passe même le test de Bechdel ;)), dont 2 actrices que j’adore, voir ces femmes biologistes, médecins, chercheuses, militaires, qui enfilent leurs ovaires en bandoulière et se jettent dans un monde dont personne n’est revenu vivant (sauf le mari de Lena mais vu son état on ne peut pas vraiment considérer ça comme une réussite…).

J’ai aimé les messages que l’on peut voir tout au long du film, les multiples interprétations possibles allant de « ouh sympa ce film ! En plus le pop-corn était bon ! On va boire une bière ? » à « c’est une métaphore allégorique en 3 temps qui reflète la noirceur de l’âme humaine au travers de âges tout en questionnant notre responsabilité sur l’évolution de la planète et la véracité des chemtrails » et le fait, finalement, que l’on puisse regarder ce film et le comprendre comme on l’entend.

En bref si vous avez 2h devant vous, un abo Netflix et envie de vous forger votre propre avis sur ce film qui fait beaucoup parler… Je vous le conseille vivement !


Là c’est le trailer si tu veux un avant-goût de ce qui t’attend 👇🏼

3 podcasts qui déboîtent

Tout est dans le titre… 🙌🏼

Quoi de Meuf ?

Un podcast 100% girl power, féministe au dernier degré et animé par Clémentine Gallot et Mélanie Wanga (à l’origine de la newsletter du même nom). Déjà, le ton est agréable au possible, on écoute deux copines qui discutent et échangent sur des thèmes variés. Il n’y a pas encore beaucoup d’épisodes (4 à l’heure où j’écris cet article) mais ils valent tous le détour. Les épisodes traient aussi bien de l’actualité (Weinstein, #metoo…), que de pop culture, en passant par les recommandations séries, tv, littéraires avec toujours un thème principal.


Les Couilles sur la Table

Les Couilles sur la Table est un podcast animé par Victoire Tuaillon (qui est merveilleuse en tant qu’hôte) et qui ne parle que des hommes et des masculinités. Les masculinités, si vous n’avez jamais entendu ce terme, ce sont tout simplement les caractéristiques « propres » aux hommes, les caractéristiques qui, dans la société, définissent les hommes (grosso merdo : être fort, musclé, gagner tout plein d’argent, ne jamais chialer, être une bête de sexe, toussa toussa). Dans chaque épisode, un invité, homme ou femme, et un thème. Les épisodes ne sont pas très longs (s’ils pouvaient durer 3h chacun je serais aux anges) mais ils sont gé-niaux.

On y apprend notamment que l’étymologie de testicules, « testis » ne signifie rien d’autre que « la preuve » et que les testicules sont là pour attester de la virilité des hommes (intéressant), que l’homophobie descendrait directement de la mysoginie puisqu’un homme est défini en tant que tel en étant diamétralement opposé à la femme, qu’un « véritable homme » ne doit pas faire preuve de « féminité », que l’homosexualité n’existait absolument pas en Grèce antique mais qu’il s’agissait en fait d’une sorte de rite d’initiation (le rituel de pédagogie pédérastique) pour les jeunes hommes (jeunes genre 12 ans, quoi…) qui devaient, pour devenir de « vrais » hommes, se faire pénétrer par des hommes mûrs (pas du tout glauque) et être « virilisés » par la semence de ce dernier, j’en passe et des meilleurs…

J’avais très envie de partager ce podcast avec vous, d’autant plus après mes mots un peu maladroits dans cette vidéo où je disais que le féminisme ne « concernait » pas les hommes… Comme dit c’était une formulation un peu bancale (elle sait pas toujours très très bien s’exprimer la dame) puisque je suis intimement convaincue que le féminisme concerne tout autant les femmes que les hommes et que sans évolution du côté masculin, rien ne pourra jamais réellement se mettre en mouvement.

C’est pourquoi je trouve ce podcast formidable. Tout ce qui y est dit et raconté me semble un biais merveilleux pour aider les hommes à sortir de ces constructions sociales, à comprendre le pourquoi du comment énormément d’hommes ne savent aujourd’hui se définir que via des masculinités complètement débiles et qui doivent disparaître.

Dans Les Couilles sur la Table les masculinités sont déconstruites et analysées et tous les épisode (tous.les.épisodes.) sont de véritables pépites.


Nouvelle Ecole

Le podcast animé par Antonin qui va, je cite « à la rencontre de gens passionnés au parcours atypique. Ils racontent leur histoire et ce qui les poussent à suivre leur chemin ».

Nouvelle École c’est ce podcast où l’échange est la conversation sont au centre. J’écoute beaucoup de podcasts et j’ai souvent remarqué que lorsqu’il y a des invités (et c’est très souvent le cas), l’hôte, celui qui reçoit, se fait tout petit. Il est là pour introduire, pour présenter, pour poser une question bien pensée et relancer la machine mais souvent on l’entend rarement. Je veux dire on l’entend « vraiment » rarement.

Alors non pas que ce soit un mal (les gens qui savent écouter c’est la vie) mais ici j’adore que les histoires des invités donnent envie à Antonin d’en raconter un peu plus sur lui, de partager, de rebondir. Une véritable conversation, sans que l’invité ne soit pour autant écrabouillé par son inviteur (ce mot n’existe pas) qui s’épanche un peu trop.

Ce podcast est passionnant parce qu’il parle de la vie au travers de la musique, de l’entrepreunariat, de l’écriture, de la création de contenu diverse et variée, de bonheur, de peurs, de croyances limitantes, de réussite… De la vie. Je l’ai déjà dit.

Le ton est cool, c’est agréable à écouter, on ne sent pas le temps passer et Antonin est définitivement un hôte auquel on s’attache énormément au fil des épisodes, comme un petit fil rouge.

 

Ethique et mass-market, l’équation impossible ?

La nouvelle m’a semblé passer assez inaperçue… Il y a quelques mois (peut-être même 1 an…? ou plus…? je n’ai pas pris de notes) le groupe H&M, après COS et &Other Stories, a lancé Arket. Une marque de mode mais aussi de lifestyle et de déco. Côté « ADN » comme ils disent, je cite « Le style au-delà de la tendance, de la qualité dans des conceptions simples, intemporelles et fonctionnelles » et, quand on y regarde de plus près, une petite saveur de « éthique éthique éthique » pas assumée franco-franco mais fortement sous-entendue comme on le sent avec cette présentation du groupe himself  « la mission d’Arket est de démocratiser la qualité au travers de produits accessibles, bien fabriqués, durables, créés pour être utilisés et aimés longtemps ». Du Baudelaire, cette présentation, moi je vous le dit !

Alors même si je surveille Arket depuis un moment je n’ai pas sauté le pas de la commande, mais je trouvais intéressant d’en parler avec vous et qu’on se questionne, ensemble, sur la possible éthique des grands groupes de fast fashion.

*insérer musique dramatique*

Que ce soit Mango avec Commited, Zara avec sa collection Join Life, H&M et sa bien connue collection Conscious, la fast fashion se sort doucement les doigts du c** et commence à proposer à son laaaaarge public, des pièces présentées comme plus « éthiques » : matières biologiques ou écologiquement plus sympas comme le lin, le tencel, réduction de la quantité d’eau utilisée pour produire, une plus grande transparence etc. Mais la question est : est-ce que c’est (vraiment) bien ? Est-ce que c’est (vraiment) éthique ?  Doit-on boycotter ces enseignes dans leur intégralité ? Est-ce un biais par lequel passer quand on veut résoudre l’équation éthique x petit budget ?

Parce que clairement, tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la mode éthique l’auront remarqué, consommer éthique peut vous coûter un rein et l’hypothèque de votre maison – je vous renvoie à mon article « Le prix des choses » si vous avez envie de comprendre un peu les rouages de cette industrie et surtout pourquoi produire de façon éthique coûte forcément plus cher et impacte donc le prix de vente -.

MAIS…pas forcément ! Camille, mon acolyte green, avait écrit un article génial à ce sujet, modestement intitulé « S’habiller éthique sans y laisser un smic« . Elle y listait tout un tas d’options, moins onéreuses, que d’aller directement acheter du bio ou de made in France et dans mes souvenirs vous aviez adoré cet article (et moi aussi !), même si certaines avaient évidemment soulevé la question du « oui mais acheter du Conscious chez H&M qui n’est pas du tout une marque qu’on peut considérer comme éthique, de facto, ne rend pas l’achat éthique« .

Je reviens sur Arket car c’est un cas qui me semble bien intéressant.

Ce qui m’a frappé dès mes premiers pas sur le site ce sont tous les filtres disponibles : on peut choisir sa couleur (bon, ok, plutôt classique), dans quel catégorie on souhaite naviguer (homme, femme, enfant, maison), se concentrer plutôt sur les imprimés à pois ou floraux et, soudainement, on vous propose de choisir la matière…et le pays de fabrication !

Alors le filtre « matière » quand tu ne portes ni cuir, ni laine, ni soie etc. c’est super cool ! Mais le filtre pays de fabrication, pour moi c’est du jamais vu.

Je crois que c’est vraiment ce point qui m’a le plus intriguée. Quand on sait que la fast fashion en ligne est très rarement transparente sur la question et qu’il n’y a bien souvent aucun moyen de savoir où ont été fabriqués nos vêtements avant de les avoir en main (à moins d’envoyer un mail au service client… TELLEMENT PRATIQUE), voir Arket proposer cette option d’entrée de jeu est forcément appréciable.

Alors bien entendu la liste est longue comme mes deux bras et on retrouve les classiques : Maroc, Bangladesh, Chine, Brésil, Inde… Mais aussi du made in France, Italie, Japon, Suisse, Allemagne. Plutôt inhabituel pour une marque de fast fashion, ces dernières se cantonnant souvent au bon vieux made in China ou pays en voie de développement aux conditions de travail qui laissent franchement à désirer. Donc plutôt cool de prime abord… Sauf que dès lors que l’on clique sur les petits filtres-qui-font-un-peu-rêver, espérant trouver un joli pull made in France ou un jean fabriqué au Japon… La débandade. En provenance de ces pays on ne trouve que du homeware, des cafetières, des bougies françaises, des brosses à chiottes fabriquées en Finlande ou des gourdes made in Switzerland. Lors de mon exploration je n’ai trouvé que des sacs fabriqués en Italie, des chaussures et un peu de textile (cravates, écharpes…) et d’autres chaussures fabriquées en Angleterre.

Par contre dès lors que le filtre Bangladesh ou Chine est enclenché, une pluie de vêtements s’abat sur toi.

Bon. Ok. Ça refroidit un peu mais tout n’est pas foutu.

Le monde du textile évolue sans arrête et je crois qu’il est bon, quand le sujet nous intéresse, de rester conscient des réalités (actuelles).

Arrêtons-nous un moment sur le Made in China, par exemple. Cette mention sur l’étiquette qui fait frémir toute personne un peu attentive à la question de l’éthique. Dès lors que l’on aperçoit ces trois petits mots défile devant nos yeux des allées et des allées et des allées de travailleurs chinois, croulant sous des montagnes de tissus, bossant 28h par jour dans le noir en étant payés 10 centimes la journée.

Alors qu’en réalité, la Chine a beaucoup évoluée ces dernières années. Je vous invite vraiment à lire cet article sur la question du made in China, datant de 2013, ok, mais hyper éclairant sur la question et qui remet un peu les choses à leur place. On y apprend, entre autre, que le coût de la main d’oeuvre, en 2013, n’est plus que la moitié du coût de celle aux USA (et qu’en 2015 elle prévoit d’atteindre 60% de ce coût…et, je ne vous apprend rien, nous sommes aujourd’hui en 2018) mais aussi que la Chine est devenue trop chère pour beaucoup de marques de fast fashion souhaitant réduire au maximum leurs coûts de fabrication.

Concernant la qualité, cet article nous apprend aussi que si la qualité peut être mauvaise en Chine c’est simplement à cause du cahier des charges des enseignes. Une usine à qui on dit d’utiliser du coton de piètre qualité, d’affiner les coutures pour grapiller 1 centime par ci ou 2 centimes par là…s’exécute. Ils sont là pour faire ce qu’on leur demande et si le made in China a si souvent été associé à qualité de merde et sapes qui se barrent en lambeaux au bout d’une lavage…c’est la faute des marques. Pas de la fabrication chinoise. Logique, au final.

En bref, la Chine, bien qu’elle ne soit pas un eldorado de l’éthique, n’est plus aujourd’hui la pire mention que l’on puisse lire sur l’étiquette de nos vêtements.

Le Bangladesh par contre…

En 2013 toujours, le Bangladesh était le pays avec le salaire le plus bas du monde. L’effondrement du Rana Plazza, toutes ces personnes décédées pour que l’on puisse porter des tee-shirts à 5€, avaient un peu chamboulé le monde et placé ce pays en top position des pires pays dans lesquels confectionner ses vêtements.

Mais en réalité, est-ce que c’est si pire que ça ?

Chez Arket, toujours, pour chaque article on peut connaître, en plus du pays de fabrication, le nom exacte de l’usine où a été fabriqué le vêtement. Pour ce jean, par exemple, on découvre que l’usine qui l’a confectionné se nomme joliement Pimkie Apparels et un rapide googlage nous permet même de voir des photos (bon, ok, UNE photo). Une visite sur le site et on apprend que l’usine en question souhaite se positionner de façon assez claire sur du green, de l’éthique et du socialement correct.

C’est bien beau tout ça, non ? Alors la question c’est est-ce qu’on est face à un joli éthiquewashing dans les règles de l’art ou, Arket (ou toutes les marques de fast-fashion qui se lancent dans la création de gamme éthiques) peut-il vraiment nous proposer de l’éthique sans vider notre PEL ?

Mon point de vue sur la question a toujours été assez tranché et voici comment je vois les choses :

OUI, au Bangladesh ou dans les pays du genre, les conditions de travail sont très majoritairement mauvaises, l’humain traité comme de la merde, les conditions de sécurité déplorables et j’en passe.

OUI on doit vraiment cesser de cautionner ça.

OUI, la qualité laisse souvent à désirer.

OUI, acheter du M.I.Bangladesh chez Zara & compagnie c’est soutenir une industrie qui pue un peu du cul.

OUI on pourrait avoir envie de passer directement à la case boycott sans passer par la case prison ni récolter 200€.

MAIS…

Peut-on s’imaginer une seule seconde ce qu’il se passerait si, demain, tous les consommateurs de Zara, H&M & Co, décidaient de ne plus jamais acheter chez ces derniers… On pense souvent à ceux qui se trouvent au bout de la ligne en matière de mode éthique, en se disant que, non, vraiment, on ne peut plus cautionner ça, on ne peut plus continuer à acheter des tee-shirts à 5 balles et des pulls en acryliques à 12, parce qu’il y a ces pauvres gens, qui triment comme des perdus, au bout de la chaine (ou plutôt au début). Mais est-ce qu’on pousse le raisonnement assez loin pour se dire que si demain ces personnes qui gagnent, une misère certes, mais qui survivent avec cette misère (et j’insiste sur le terme survivre…) se retrouvent sans emploi… Alors quoi ?

C’est, à mon sens, la limite de l’idée de boycott et là où il faut enclencher un autre mode de raisonnement, à savoir : ne pas arrêter de consommer chez ces enseignes mais plutôt faire entendre sa voix de consommateur et se lever contre des conditions qui ne nous conviennent pas et que l’on trouve inadmissibles.

Pour moi ça rejoint un peu l’idée de l’arrêt de la consommation. C’est une équation qui me semble assez impossible dès lors que le monde dans lequel on évolue demeure fondamentalement capitaliste, où tout est basé sur l’argent, la vente et l’achat de biens. Ce qui ne signifie pas, attention, que la sur-consommation n’est pas un problème et qu’il faut continuer à se rouler dedans tels les doubitchous de Sofia sous les aisselles. Non. Loin de là.

Mais concernant toutes ces questions je pense de plus en plus sérieusement qu’abandonner ces pays sur le côté de la route « par principe » n’est pas la meilleure solution qui soit.

Bien entendu -et je ne le répèterai jamais assez- il n’existe PAS de solution idéale. Ou tout du moins de solution qui puisse être adoptée par tout le monde. Nous restons des individus, chacun face à ses valeurs, ses envies, ses choix – son budget aussi – et je pense qu’il est plus que temps d’arrêter de prôner un modèle unique de « tout bio – déconsommation à fond – éthique 8000 – minimaliste power – j’en passe et des meilleurs », absolument impossible à atteindre.

Se tourner vers les gammes plus éthiques, et même éthiquewashées, des grandes enseignes me semble une option vraiment positive.

C’est, déjà, le signe que les choses bougent. Que ces piliers de l’industrie textile réalisent enfin que leurs clients ont aussi envie de savoir d’où viennent leurs vêtements, comment ils ont été confectionnés, par qui et de quoi ils sont fabriqués. Alors oui, je reconnais l’éthiquewashing et celles et ceux qui crient juste à « l’envie de faire du fric » ont entièrement raison MAIS on ne rappellera jamais assez que si une marque existe, une entreprise se cache derrière et le but d’une entreprise est de vivre, de prospérer et donc de gagner de l’argent. CQFD.

Si demain tout le monde se détournait de ces gammes, quel serait le message envoyé ? Celui d’un désintérêt total. On verrait donc disparaître, assez rapidement je crois, ces initiatives qui, bien qu’imparfaites, ont le mérite d’exister. Le mérite d’exister et de proposer à celles et ceux qui ne peuvent pas se tourner vers une mode éthique un peu plus aboutie, une alternative finalement pas si dégueulasse, moins pire comme j’aime souvent le dire. Et moins pire, les gars, c’est toujours ça de pris.

Il est temps, à mon sens :

  • de sortir du cliché du sacro-saint Made in France (qui n’a parfois de made in France que le nom…ou un ou deux boutons…). On peut produire bien et éthique à tous les niveaux ailleurs qu’en France (ou en Belgique si vous êtes belge, ou aux USA si vous êtes américain, etc.)
  • d’arrêter de penser que cher est forcément égal à qualité et éthique. Je pense notamment à toutes les marques qui rentrent, à mon sens, définitivement dans la case du mass market comme Ba&sh, Sandro et compagnie, à la communication bien ficelée, qui vendent des articles présentés comme haut de gamme, sans pour autant garantir une quelconque éthique
  • de ne plus bloquer constamment sur les même marques. C’est bien simple quand on voit passer les principales marques de fast fashion citées depuis le début de cet article (aka Zara, H&M et Mango), on hurle souvent au scandale. Mais s’intéresse-t’on aux marques un peu plus petites, à l’aura très « créateurs » ? Au hasard comme ça je pense (ce sont des exemples de marques, je ne dis pas qu’elles sont pourries hein ;)) à Maison Scotch, Asos, Levi’s toutes les marques vendues par Urban Outfitters ou les boutiques multi-marques comme Monshowroom qui vendent du Vero Moda, Vila et compagnie à tours de bras, des marques qui produisent elles aussi en quantités astronomiques.
  • de cesser avec les injonctions en tous genre et surtout, si on le veut, d’essayer de faire bouger les choses autrement

— LES 3%

Vous connaissez l’histoire des 3% ?

Matthieu Blanco,  dans cet épisode des Carencés (à partir de 32 minutes environ) nous explique comment seulement 3% des gens peuvent « changer le monde » et faire, par exemple, basculer une marque. Il explique que dans l’inconscient collectif nous pensons souvent qu’il faut au moins 50% de gens (par exemple 50% de la clientèle de Zara) pour avoir du pouvoir et un potentiel impact, pour être entendu et surtout pour que les demandes/revendications soient prises en compte.

Mais il explique qu’en agro-alimentaire toutes les remarques sont enregistrées et ensuite traduites sous forme de statistiques. Que les marques partent du principe que s’ils ont reçu, par exemple, 3000 mails se plaignant de la même chose (il prend l’exemple de la vitamine B3 dans les produits St Hubert, B3 d’origine animale donc produits pas végétaliens), cela signifie en réalité qu’ils ont X à avoir le même point de vue mais à ne pas le dire et Y qui n’achèteront pas leurs produits pour cette raison. Partant de là ils voient immédiatement une potentielle perte d’argent et, hop, ils décident de changer genre vite vite parce qu’ils flippent grave.

Tout simplement parce que, même si 3%, de notre point de vue de consommateur seul dans son coin ça ne nous semble pas grand chose, il faut prendre ces 3% d’une façon globale, sur des volumes et des sommes colossales, la perte (potentielle) de 3% de chiffre d’affaire est assez catastrophique du point de vue des industriels. #desdollarsàlaplacedesyeux

Alors bien entendu, ici, Matthieu nous parle du secteur agro-alimentaire mais je ne doute pas une seconde que ce schéma puisse s’appliquer à toutes les industries.

Alors pourquoi ne pas faire savoir aux marques ce qu’on ne cautionne pas dans leurs agissements ? Réclamer plus de transparence (comme connaître les pays de fabrication des vêtements lorsqu’on achète en ligne), faire savoir lorsqu’on a eu une mauvaise expérience avec un vêtement (genre « mon tee-shirt s’est déchiré au bout d’un lavage » ou « j’ai 350 000 bouloches sur le pull que j’ai porté 1h wtf ») Envoyer un mail ou un tweet à une marque n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui et comme nous le prouve cette histoire de 3% ça peut avoir un réel impact.

— LÂCHE TA GRIFFE

Poser sa griffe sur des pétitions. Ben oui, ces bonnes vieilles pétitions qu’on voit tourner partout, tout le temps, où souvent on se dit « pfff mais ça sert à quoi ? ». Si on repense à cette histoire de 3% il me semble que cela apporte un jour nouveau sur ce système d’expression et de contestation.

Si on  repense à ces 3% et on peut se dire que notre signature peut en faire partie et que l’impact peut être réel. D’ailleurs voici un petit article datant de 2015 qui regroupe 16 pétitions qui ont changé le monde.

Donc si vous avez des envies de changer le monde n’hésitez pas à vous inscrire à des sites comme Avaaz ou Change.org, n’oubliez jamais cette histoire de 3% et surtout notre pouvoir en tant que communauté. Sachez aussi que n’importe qui peut lancer une pétition, c’est open-bar !

— IBOYCOTT

Il me semble avoir déjà parlé de ce site, assez récent, mais un petit rappel ne fait jamais de mal.

I-Boycott est une association à but non lucratif où chacun peut lancer sa campagne de boycott. Des revendications sont énoncées, des explications données, un seuil de boycottant est fixé, chacun peut aussi proposer ses alternatives (exemple ici avec Coca Cola : de l’eau/arrêter les sodas/acheter une soda stream/se tourner vers des sodas locaux et artisanaux/etc.) et bien entendu chaque boycottant s’engage à ne pas acheter chez l’entreprise concernée pendant la durée de la campagne de boycott. Lorsque le seuil de boycottants est atteint I-Boycott s’occupe d’envoyer le tout aux entreprises concernées. À partir de là les entreprises peuvent répondre, comme par exemple ici avec H&M. Ensuite les boycottants peuvent voter en indiquant si la réponse les satisfait…ou non. Dans le cas de H&M le « non » l’a emporté, deux fois, la campagne est donc toujours en cours et il manque un peu plus de 4000 boycottants pour informer à nouveau l’entreprise.

À ce jour je n’ai pas vraiment d’infos sur le taux de réussite mais je trouve le concept vraiment génial. Un système qui rassemble les gens, centralise, totalement gratuit, simple et intuitif.

Aujourd’hui il y a tellement de désinformation et de clichés bien ancrés dans l’inconscient collectif qu’il serait bon de faire de vraies campagnes d’informations à propos de tous ces sujets. Toute production en dehors de la France n’est pas non-éthique, le Made in China ne rime pas forcément avec qualité déplorable, on peut sans aucun doute produire dans les pays en voie de développement tout en respectant une certaine éthique ou encore toutes les grandes marques ne manquent pas d’éthique, que ce soit humainement ou écologiquement.

Côté informations je ne saurais que trop vous conseiller de suivre Fashion Revolution, une association hyper investie dans la mode éthique et la communication autour de cette dernière. Leur Fashion Transparency Index de 2017 est à voir et indique les « scores de transparence » d’une centaine de marques. On y apprend, entre autre que H&M obtient, selon leurs critères, un bon 48% de transparence (le score le plus élevé juste après Reebok et Adidas), Zara et Asos respectivement 36 et 34% quand Chanel, Dior, Prada et Miu Miu restent en dessous des 10% de transparence.

Et, pour le côté plus écologique, de jeter un oeil à la campagne Detox de Greenpeace où on apprend par exemple que du côté « detox de la force » H&M et Inditex (le groupe possédant Zara, Bershka et compagnie) sont très bien placés et fournissent de réels efforts.

Bien entendu, encore une fois, tous ces outils ne nous disent pas d’acheter sans compter ni se poser de questions chez les grandes enseignes et je ne mets pas en avant ces chiffres pour vous dire « le mass market, wouhou, keskya c’est super génial ! » mais il me semble que tout ça peut permettre d’y voir un peu plus clair et peut-être de mettre un peu d’eau dans notre vin.


Nous voici à la fin de cet article fleuve. J’espère sincèrement qu’il vous aura éclairé sur certaines choses mais surtout qu’il nous permettra d’échanger sur la question ! La fast-fashion pour vous, même à petites doses c’est « plutôt crever » ou « de temps en temps je me chope un teesh à 3 balles » ? Vous êtes plutôt team « shame ! shame ! shame ! » ou « j’ai envie de soutenir les initiatives positives bien qu’imparfaites » ? Dites-moi tout !