Le reste

Allez viens, on fait rien.

allez viens on fait rien-1 copieJe ne me considère pas comme une hyper-active de la vie ou un workaholic comme on dit mais j’ai quand même un gros penchant pour le « OMG il FAUT que je fasse quelque chose ! » Quelque chose, si possible, que je pourrais qualifier de productif comme tourner une vidéo, faire du pain pour le petit déj demain matin, ranger mon armoire, désherber le jardin, bref, n’importe quoi qui me permette de me dire à la fin de la journée « j’ai FAIT un truc, je n’ai pas perdu ma journée ». Et ça, été comme hiver comme printemps comme automne, tout le temps, toute l’année, même quand je suis malade (genre la dernière fois que je suis restée clouée au lit pendant 2 jours c’était avec mon ordi sur les genoux, entre deux siestes d’épuisement, pour fignoler le design du blog…)(cette information aussi peu pertinente soit elle vous indique malgré tout que je suis très rarement malade)(#OSEF)

Au vu de mon job l’été est donc une période toujours un peu délicate puisqu’en règle générale je pars en vacances une fois et après, c’est fini. La logique voudrait donc que je me remette, illico presto, au travail et en règle générale c’est ce que je fais.

Sauf que cette année j’ai eu l’impression :

petit 1 : que l’internet était encore plus désert qu’à son habitude

petit 2 : que TOUT le monde était en vacances (ce qui rejoint le petit 1 mais on s’en fout)

Et mon envie de faire quoi que ce soit de productif s’est tout simplement évaporée, tels les glaçons d’un mojito laissé en plein soleil un jour de canicule.

Au départ j’ai tenté de m’accrocher, un peu, et de trouver une quelconque productivité, aussi minime soit-elle…

Et puis rapidement, j’ai abandonné et je me suis dit « allez viens, Coline, on fait rien ». Et ça a été une révélation totale. J’ai passé des journées entières pas maquillée et quasiment en pyjama, à naviguer entre mon canapé et mon jardin, j’ai bu de grands verre d’eau fraîche allongée dans l’herbe, j’ai passé des journées-chips (=des journées où tu ne manges que des chips)(je pense déposer un brevet pour ce concept…), j’ai fait des glaces, des gaufres, des gâteaux loupés, j’ai regardé des séries pendant des heures d’affilées comme une véritable no life et j’ai bien cru que je n’arriverais plus jamais à faire autre chose que…rien.

Je me suis aussi dit que l’on devrait tous, de temps en temps, avoir le droit (mais genre un truc écrit dans la déclaration des droits de l’Homme et tout) de ne pas en branler une parce que c’est absolument et parfaitement ressourçant. Ne s’occuper de rien pendant au moins 24h, ne plus ressentir de pression, oublier les « roh putain faut que je cuisine » et les remplacer par des « vas y je commande une pizza », laisser le linge s’entasser dans un coin et glisser les moutons de poussière sous un meuble, l’air de rien, ne pas faire de sport, ne pas ranger ses papiers, oublier d’arroser les plantes, ne pas répondre aux mails, couper le cordon avec les réseaux sociaux, avoir les cheveux gras, oublier de s’épiler les sourcils, écouter de la musique à fond en déambulant dans son salon, entre l’ange et le zombie, porter les même fringues 4 jours de suite, prendre le temps de faire tout ce qu’on ne prends jamais le temps de faire parce que c’est contre-productif mais décider qu’on s’en tape et que oui, aujourd’hui on va enfin re-re-re-re-re-re-re-regarder le Titanic, parce qu’on en a envie.

allez viens on fait rien

Je pense que je ne vais pas revivre ça de sitôt mais durant cette petite période j’ai vu mon niveau de stress, d’anxiété (et d’acné…ahem…) descendre en flèche, j’ai réellement pris du temps pour moi, un autre « me time » que celui qu’on croit parfois se donner en prenant un bain, après une journée de m*rde où tout est allé de travers, en se disant « aaaah me time, moi-moi-moi-moi-moi, zen, relax, pfiiiiooou, respire, ah le bon bain…oh merde il est déjà 22h je dois aller me coucher parce que demain je me lève à 6h… Hop, fin du me-time » .

Au fond je crois que nous sommes un peu (ou beaucoup) soumis à un pression de l’efficacité et de l’activité. Une pression sociale qui nous pousse à en faire toujours plus. Cette semaine, Florence (que je vous conseille vivement de suivre parce qu’elle est top !) a partagé cet extrait d’un livre sur Twitter :

 » Impossible aujourd’hui pour les personnes axées sur l’efficacité, de paresser l’esprit tranquille […] L’inactivité mène vite au sentiment de culpabilité »

Je ne sais pas de quoi parle ce bouquin, ni même quel est son titre mais ces deux phrases ont déclenché une alarme bruyante et  clignotante dans mon cerveau, un truc de blockbuster américain quand les extra-terrestres débarquent ou que Jack Bauer découvre qu’il doit, une fois de plus, sauver l’intégralité de l’humanité en 24h.

Et ben vous savez quoi ? Nous ne sommes ni Jack Bauer, ni dans un blockbuster américain (bon, j’avoue que découvrir que je n’étais pas Jack Bauer a été vécu comme un petit traumatisme mais comme on dit : « deal with it ! »).

Alors de temps en temps, 1h, une journée, une semaine ou 1 mois (bon pour le dernier je décline toute responsabilité quant à d’éventuels licenciements/divorces/enfants qui brûlent des voitures/maladies tropicales/liste non exhaustive…) ce serait bien qu’on se regarde dans les yeux et qu’on se dise « allez viens, on fait rien ! ». Et sans culpabiliser, parce que c’est encore mieux.

allez viens on fait rien-2

Observatoire

observatoire-1Durant notre séjour à Toronto nous avons passé 2 jours dans un parc d’attraction. Dont un dans le parc aquatique du parc d’attraction. Faites des gosses.

Moi, je n’aime pas les parcs aquatiques. Je n’aime pas me baigner. Je n’aime pas grelotter en sortant de l’eau. Je n’aime pas me demander si mon maillot me rentre trop dans les fesses ou si ça se trouve encore dans le pudiquement acceptable. Je n’aime pas marcher pieds nus dans les flaques douteuses. Bref. C’est pas mon truc..

Ce jour là j’ai donc laissé mes deux chéris faire la queue dans des flaques d’eau, une bouée géante à la main, sans moi, et je suis restée à l’ombre d’un arbre, entourée d’à peu près 1800 personnes (dont 1759 enfants). J’ai zoné sur Twitter. J’ai rattrapé (un peu) mon retard sur Youtube. J’ai terminé « Il faut laisser le cactus dans le placard » (qui m’a laissé un sentiment assez mitigé). Je me suis baladée, j’ai pris des photos parce que les couleurs étaient jolies et qu’il fallait bien tuer le temps et…j’ai observé les gens autour de moi. Quand on se donne le temps les parcs d’attractions sont de merveilleux observatoires. Souvent on ne regarde pas vraiment autour de nous, trop occupé à se demander si on fait d’abord Space Moutain ou Ratatouille, trop occupé à vérifier toutes les 4 secondes si on n’a pas perdu son enfant dans la marée humaine. Et pourtant…c’est merveilleux.

Dans ce parc aquatique ce que j’ai ressenti au delà de tout, c’est de la joie. en mettant de côté les parents hurlants parce que l’aîné vient de renverser son troisième soda dans la poussette de la petite dernière, en mettant de côté le fort pouvoir anxiogène de la foule, amassée, agglutinée, les gens les uns derrière les autres, en file indienne, en prenant le temps d’ouvrir les yeux, on voit des gens heureux.

Je me demande si c’est spécifique au Canada ou si je n’y avais jamais prêté attention avant, mais là-bas j’ai vu des gens de toutes les ethnies, de toutes les tailles, de tous les âges, se balader en maillot de bain et en tongs, serviette sur l’épaule, ou se baigner tout habillé pour des raisons religieuses sans aucun doute, j’ai vu les gens sourire, s’amuser, rire. Et j’ai ressenti une bienveillance que je n’avais jamais ressentie auparavant. Mes yeux n’ont croisé aucun regard déplacé, aucun chuchotement, aucune moquerie, aucun jugement. Comme si tout le monde était simplement heureux d’être là et que tout ce qui peut poser problème dans « la vie de tous les jours » s’était évaporé, comme les traces de pas humides sur le béton.

Et franchement ? Bien que j’ai passé 6h le cul sur une serviette, bien qu’à l’issue je n’avais plus qu’une envie : me barrer en courant ; j’ai passé une journée géniale.

Par les temps qui courent (the cordial way pour « putain c’est grave la merde au secours ») ces quelques heures m’ont fait le plus grand bien.

Et je me dis qu’on devrait parfois prendre plus de temps pour regarder les gens autour de nous. On a souvent l’impression que tout le monde fait la gueule mais je suis certaine qu’en y regardant de plus près on verrait bien plus de bonheur.

Prenez soin de vous ! 💙

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